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LA TEFILA |
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(Supplément à l'EIF - Gilbert DAHAN -1984) |
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En pensée juive, la manière de nommer les choses et les êtres n'est pas indifférente. Et si nous faisons tant de contresens sur la signification de la "prière", c'est que nous la désignons d'un mot chargé d'un contenu tout autre que celui de la Téfila. Etudions l'histoire du mot "prière": il est employé pour la première fois dans un texte français au début du 12e siècle, et provient du latin populaire precaria, féminin substantivé de l'adjectif precarius, "qu'on obtient seulement par la prière, mal assuré, précaire". La mutation sémantique de précaire à prière s'explique aisément par la signification chrétienne donnée à la prière (v. le texte de K. BARTH) : une "réponse de l'homme quand il comprend sa détresse et sait qu'un secours vient de lui". La prière est ce qui traduit la précarité de l'homme. |
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Cette valeur du terme désignant la prière exprime donc bien ce que nous avons dit plus haut à propos de "l'introspection", de "l'auto-jugement", fondement de la Téfila juive |
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Mais il possède une seconde connotation, celle de "service (fourni)" (cf. Évèd : serviteur, servant). Ces deux significations sont liées, et l'on peut tirer quelques enseignements des nuances qu'elles présentent. La 'Avoda, au sens du "travail", est exactement le "passage à l'acte". La prière comme avoda est alors le passage de la parole en puissance à la parole en acte, permettant aux données diffuses enfouies en chacun de venir au jour, de s'exprimer ; à l'introspection de la Téfila succède dont la réalisation de la 'avoda : explicitation et adhésion aux idées que nous avons pu évoquer tout à l'heure. - La seconde valeur du terme, contenant l'idée de "service", est à prendre au sens le plus large. Le "service" établit un "lien" : en rendant service à quelqu'un, en servant quelqu'un, je me situe par rapport à lui, et crée entre lui et moi une série de liens. Dans la 'avoda, quels sont les deux partenaires ainsi liés ? Moi et l'Autre, au sens où nous avons défini cet autre, depuis mon voisin jusqu' à l'Autre Absolu (dont nous reparlerons). |
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Assurément, et c'est la même que celle qui explique la liaison entre le "travail" et le "service". C'est seulement par la création de liens (une solidarité entre moi et les autres) que je puis parvenir à la réalisation de mes potentialités ; c'est seulement par la prise de conscience de ces liens que l'homme peut réaliser son projet. La seule société qui puisse substituer est celle dans laquelle il y a une solidarité entre des membres, quelle que soit leur essentielle différence. A un autre niveau, dans la mesure où cette fois le lien est celui entre l'homme et l'Absolu, la 'avoda révèle que l'éparpillement est stérile, que la "réalisation" n'aboutit pas, si chacune de ses phases n'est orientée par rapport à une direction unique (ceci à entendre à tous les niveaux que l'on voudra). 3- Un 3e terme désigne la prière juive, cette fois en tant que texte, en tant que recueil : sidour. L'idée est claire : il s'agit d'un ordre, d'un ordonnancement. Ceci fait allusion bien sûr à la succession des textes divers qui composent la prière, mais également à quelque chose d'une portée plus générale. Découverte de la personne, découverte de l'altérité, la prière est aussi découverte du monde. Voilà qui peut paraître contradictoire avec cette "intériorisation" que nous avons décrite. Mais cet échange entre l'intérieur et l'extérieur est le fondement de la condition de l'homme et, par là-même, de la Téfila. Celle-ci va être également éveil à chacun des domaines de la réalité du monde, découverte de chacun des niveaux de la réalité (on se reportera au plan donné dans le fascicule El de la Téfila-Cha'hrit). Succession ordonnée qui, partant du moi intérieur, redécouvre les objets, puis les formes, l'unité du monde, et le domaine des idées abstraites. Redécouverte qui donne un sens, chaque jour, à tout ce qui nous entoure et à notre situation même, qui empêche le regard d'être vision neutre et passive, mais le rend enquête, recherche, découverte. |
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