DU SCOUTISME, TOUT SIMPLEMENT

4- BUT : LE DÉVELOPPEMENT DE LA PERSONNE

Chaque être humain est unique et original. Chacun vient au monde avec un ensemble de caractéristiques qui lui sont propres et la capacité de les développer. C'est en les développant qu'il se développe ! Ce processus de croissance n'est évidemment pas limité aux périodes de l'enfance et de l'adolescence. Il s'inscrit dans la durée de vie, commence avec elle et sera interrompu par la mort.

La vie est changement.
La vie est mouvement du corps, de la pensée, des émotions, des relations, de l'esprit.
Etre vivant, c'est se développer continuellement.
Se développer, c'est changer, passer progressivement de la dépendance à l'autonomie dans tous les domaines au plan physique, intellectuel, émotionnel, social et spirituel.
C'est aussi découvrir les autres, autour de soi et passer de l'égocentrisme à la solidarité

Nous savons aussi que ce processus n'est pas linéaire, qu'il procède par paliers, connaît des phases plus intenses, plus rapides que d'autres, passe par des hauts et des bas avec des périodes de pause. Il peut s'arrêter lorsque la personne en vient à considérer qu'elle est «arrivée» et n'a plus rien à apprendre.

Bien entendu, les deux schémas qui précèdent ne sont qu'une illustration destinée à faire mieux comprendre le processus et non à le d"décrire de manière exhaustive. D'ailleurs, et vous l'aurez remarqué, tous les «domaines de développement» n'y figurent pas.

L'idéal poursuivi est celui d'une personne heureuse et équilibrée, à la fois autonome - capacité de faire des choix, de décider, de s'affirmer en tant que personne unique et responsable - représente un idéal de développement. Toutefois, celui-ci est indissociable de la solidarité, capacité de partager, de sentir avec l'autre, de s'engager pour lui, pour une cause. Ni l'une ni l'autre ne sera facilement atteinte mais c'est bien cette double capacité d'autonomie et de solidarité qui recouvre le terme de "caractère" si souvent employé par BP. Qu'est-ce donc en effet qu'un être de caractère sinon quelqu'un sur qui l'on peut compter pour utiliser au mieux, dans une situation donnée, toutes les ressources dont il dispose avec conscience et d'une manière responsable envers lui-même et envers les autres.

L'autonomie personnelle dont il est question ici n'a rien à voir avec l'individualisme ou l'égocentrisme. L'individualiste ne pense qu'à lui-même et agit en tout selon ses désirs sans se préoccuper le moins du monde des autres, comme s'il était seul au monde. L'égocentriste ramène tout à lui, se considère comme le centre du monde. Tout s'organise autour de lui et les autres n'existent qu'en fonction de lui et pour le service qu'ils peuvent lui rendre. La personne autonome a le souci d'elle-même et des autres pour gérer les situations qui se présentent à elles au mieux de ses intérêts, dans le respect des autres.

En développant notre autonomie personnelle dans tous les domaines, nous nous donnons les moyens d'entretenir avec les autres des relations plus ouvertes, plus authentiques car la personne autonome accepte l'autre et le respecte comme il est. Elle se refuse à le manipuler pour l'utiliser à ses propres fins.

Lorsque nous parlons de «développement dans tous les domaines», c'est des diverses dimensions de l'être: physique, intellectuelle, émotionnelle, sociale et spirituelle que nous voulons parler. Chacune d'entre elles peut être développée, tout au long de l'existence. Chacune d'entre elles peut se trouver dans un état de dépendance par rapport à quelqu'un ou à quelque chose. Cette dépendance entrave l'autonomie de la personne et devra donc être brisée pour atteindre à un degré supérieur de maîtrise de soi. La maîtrise de soi ne consiste pas à ignorer, à censurer ou à refouler les émotions, les sentiments, les pulsions, mais bien à en être maître, c'est-à-dire à les diriger, à les laisser s'exprimer chaque fois que nécessaire - dans le respect de l'intégrité des autres - pour assurer son propre équilibre.

A l'aide de quelques exemples simples, essayons de voir ce que peut être le «passage de la dépendance à l'autonomie» dans les divers «domaines de développement».

L'exemple le plus simple est évidemment au plan physique car il est concret et facilement observable. Développer l'autonomie physique c'est développer la capacité de se mouvoir, d'utiliser ses jambes, ses bras, ses muscles. Dans des conditions normales - c'est-à-dire en l'absence de maladie ou de handicap - l'autonomie physique est - en apparence - acquise assez rapidement. Si, en effet, le petit enfant est entièrement dépendant des autres pour se mouvoir, se nourrir et prendre soin de son corps, les fonctions essentielles sont acquises dans les première années de l'existence. Pourtant, il reste toujours à faire pour améliorer les capacités physiques, se garder en bonne santé, en bonne forme. Par ailleurs, l'autonomie physique ne concerne pas seulement la mobilité, la capacité de faire du sport mais aussi la manière de s'alimenter, la consommation d'alcool, de tabac ou de drogues et la capacité de vivre avec ses propres limitations physiques, de trouver les moyens de les assumer et de les dépasser, en un mot, de ne pas rester «dépendant».

Au plan intellectuel, c'est la capacité de comprendre, d'interpréter les situations et les idées, de juger de manière critique, de garder son libre arbitre qui est en cause. Tout en écoutant ce que dit l'autre, chacun garde la liberté de se faire sa propre opinion. C'est également la capacité de traiter l'information revue, de l'analyser et de l'utiliser pour élaborer une solution ou plusieurs solutions possibles à un problème donné. A l'heure actuelle, la capacité d'innover, de créer est très souvent compromise. Il est difficile de se soustraire aux divers conditionnements que font peser la société, la mode, les médias, à tout ce qui tend à interdire, à contrôler, à diriger la pensée et la réflexion individuelle dans le sens de la "pensée unique", du «politiquement correct» ou de la pensée intégriste, d'où qu'elle vienne .

Parvenir à l'autonomie émotionnelle, c'est d'abord être capable de ressentir, de reconnaître ce qui est ressenti et de laisser s'exprimer ses émotions. Ainsi, accepter le plaisir et la joie ou la douleur et la peine sans se dissimuler derrière une apparence de flegme et de rationalité est un signe d'autonomie émotionnelle. Celui ou celle qui ne sait pas reconnaître et exprimer ses émotions s'ampute d'une faculté essentielle et sa vie s'en trouve appauvrie d'autant. Sans compter que les émotions que l'on refuse ou que l'on ne parvient pas à accepter pour ce qu'elles sont n'en auront que plus de prise sur nous, précisément parce que nous n'en sommes pas conscients.

Bien entendu, l'expression des émotions n'exclut pas le respect de l'intégrité de l'autre. Avoir envie d frapper et le dire est une chose (expression du sentiment et de l'émotion) alors qu'avoir envie de frapper et le faire (passage à l'acte) en est une autre. Les sentiments et les émotions déclenchés par une situation (peur, colère, etc.) sont des réactions naturelles, spontanées et légitimes. La «maîtrise de soi» ne consiste pas à les ignorer ou à les refouler, pour qu'ils ressurgissent plus tard, plus forts et potentiellement destructeurs, mais à les gérer de manière dynamique et positive, en fonction de notre propre intérêt et de celui des autres autour de nous.

Peut-on parler "d'autonomie", au plan social ? N'y a-t-il pas là une contradiction dans les termes? Bien sûr que non, car l'autonomie ne consiste pas à ignorer les autres, à se désintéresser de leur sort et se comporter comme si l'on était seul au monde. Etre autonome, c'est aussi reconnaître et accepter l'autre, les autres tels qu'ils sont, différents certes mais sans en être pour autant meilleurs ou moins bons. C'est aussi reconnaître l'évidence de l'interdépendance et mettre en actes le souci de l'autre et la solidarité sans renoncer à ce que nous sommes et sans nier ni négliger nos propres besoins.

Etre autonome, c'est entrer en relation avec les autres, communiquer avec eux librement et non parce qu'il n'y a pas d'autre choix. C'est choisir la coopération, le soutien réciproque et accepter de prendre la tête quand il le faut pour un temps. Enfin, c'est intégrer les règles de la vie sociale pour passer d'un code de conduite imposé à un système de valeurs librement acceptées sur lesquelles seront fondés des comportements responsables, respectueux d'autrui et de la culture commune. Il s'agit de passer d'un conformisme de façade à l'adhésion profonde à des règles communes dont le bien fondé a été reconnu et librement accepté.

Au plan spirituel, l'autonomie consiste d'abord à reconnaître une dimension qui nous dépasse - nous ne sommes pas le début et la fin de tout - à accepter de l'approfondir et d'en tirer pour la vie de chaque jour et par rapport à toutes les autres dimensions les conséquences qui s'imposent. Elle permet, en particulier, d'entrer dans une démarche continue de croissance et de développement de la conscience. Cette dimension spirituelle donne son "sens" (direction et signification) à tout le reste.

Si l'on se réfère aux principes fondamentaux du Scoutisme et en particulier aux trois dimensions énoncées sous forme de "devoirs" dans les principes fondamentaux (Devoir envers Dieu, Devoir envers les autres et Devoir envers soi-même) et sur lesquelles il fonde son action, on reconnaîtra sans peine que c'est bien du développement intégral de la personne qu'il s'agit. Dans l'esprit du Scoutisme et d'abord de son fondateur, c'est là que se trouve l'enjeu capital. Si l'on veut contribuer à l'avènement d'un monde meilleur, l'amélioration de la société passe nécessairement par l'amélioration des individus qui la composent et cette amélioration ne peut venir que du développement intégral de chaque personne.

Bien entendu, le Scoutisme ne saurait prétendre amener chaque personne au plein achèvement de ces idéaux, c'est-à-dire au plein épanouissement de sa personnalité car ceci est l'objet de toute une vie!

Nous savons bien par ailleurs que le Scoutisme n'est pas le seul agent d'éducation qui intervienne dans la vie d'un jeune. La famille, l'école, l'institution religieuse constituent d'autres agents d'éducation, chacun avec ses moyens, ses forces, ses faiblesses et ses limites. Sans oublier non plus d'autres éléments tels que les autres jeunes, garçons et filles, "le groupe de pair", la bande, les médias, etc & qui constituent aussi des "facteurs d'éducation" généralement beaucoup moins formels mais souvent plus déterminants que les autres.

Voilà qui remet les choses en perspective et doit amener le chef ou la cheftaine a une certaine humilité. Il n'est pas le seul acteur et ne doit donc pas s'imaginer qu'il va "modeler l'âme du jeune".

Pourtant le Scoutisme peut jouer - et joue souvent - un rôle important parce que l'effet d'une expérience de vie sur l'évolution d'une personne, sa formation, n'est pas liée seulement à la durée de l'expérience mais plutôt à son intensité. La force du Scoutisme est précisément là. Il permet au jeune de vivre des expériences personnelles et relationnelles intenses et fortement signifiantes. Dans la mesure ou elles seront intégrées par la personne dans son histoire, ces expériences deviendront des éléments déterminants de sa personnalité.

"L'individualisme auquel on laisse libre cours débouche sur l'égoïsme, ce qui est à l'opposé de ce que nous recherchons. Par contre, l'individualité appuyée sur le caractère, c'est tout autre chose. C'est un individu capable de discipline, plein d'énergie, habile et loyal, soucieux de la justice et du bien d'autrui." B-P

1- AVANT-PROPOS
2- PORTRAIT D'UN CHEF SCOUT
3- DES ADULTES AU SERVICE DES JEUNES
4- BUT : LE DÉVELOPPEMENT DE LA PERSONNE
5- UN CHOIX EN MATIÈRE D'ÉDUCATION
6- UN SYSTÈME ÉDUCATIF
7- EN GUISE DE CONCLUSION