DU SCOUTISME, TOUT SIMPLEMENT !

 


6- UN SYSTÈME ÉDUCATIF (3/4)

2. UNE MÉTHODE (suite)

- LA PROGRESSION PERSONNELLE

A travers les activités et la vie du groupe, chacun progresse dans un domaine ou dans un autre. Chacun progresse vers des objectifs rattachés aux divers domaines de développement. Les activités, enrichies d'un contenu éducatif, sont conçues pour permettre ce développement personnel. Même si, pour les jeunes, l'accent est mis sur l'activité, le défi qu'elle représente, l'intérêt qu'elle comporte en elle-même et le plaisir d'être plongé au coeur de l'action, en réalité cette activité est orientée vers un but qu'il n'est pas forcément nécessaire d'expliciter au départ. L'intérêt du jeu suffit pour jouer, sa valeur sera découverte plus tard.

Par la Promesse, chacun s'engage à "faire de son mieux" et le véritable critère d'évaluation et de progression, c'est le chemin parcouru par la personne elle-même, par rapport au niveau où elle se trouvait au départ. Dans certaines activités, la compétition constituera parfois un facteur de stimulation, de motivation mais, en tout cas, ce n'est pas un critère d'évaluation de la progression.

Si l'on gravit le Mont Kenya, I'essentiel est d'arriver en haut, pas nécessairement le premier, pas nécessairement la première fois. Et au niveau du groupe, la réussite collective est plus importante que l'exploit individuel. C'est la patrouille entière qui est arrivée au sommet parce que tous se sont entraidés, les plus forts épaulant les plus faibles.

Dans le Scoutisme, cette progression est souvent jalonnée, signifiée par des insignes. Ils sont destinés à afficher ce qu'un jeune a réalisé, la compétence qu'il peut mettre au service du groupe. Ce n'est pas la collection qui compte, c'est la progression personnelle !

Pour Michel, conscient des buts du Mouvement et des objectifs pédagogiques poursuivis, il n'est pas toujours facile d'amener les jeunes à se prendre en charge et à se fixer pour eux-mêmes des objectifs de croissance. Il sait bien que ce n'est pas parce que I'Association s'est donné du mal pour élaborer avec soin ces objectifs qu'ils vont devenir réalité et être adoptés par les jeunes eux-mêmes. En définitive et tout au long de l'existence, c'est chaque personne qui décide de la direction qu'elle veut prendre et du but qu'elle veut atteindre. Personne ne peut le faire à sa place. Tout ce que l'on peut faire, c'est éveiller, susciter l'intérêt et accompagner la démarche vers l'objectif retenu, donner les moyens de l'atteindre, aider à réussir.

Michel voyait bien que pour Marc, l'intégration au groupe, l'acceptation par les autres avait une grande importance.Il suffisait de voir comment lui, le nouveau, regardait avec envie les plus anciens, bien intégrés, bien dans leur peau. Il a donc donné à Marc lors de la dernière veillée du groupe l'occasion de montrer ce qu'il savait faire avec une batterie et donc de trouver une place au milieu des autres dans l'orchestre du groupe. Par là, il s'est intégré au groupe et lors de l'évaluation c'est sa joie d'être maintenant pleinement accepté qu'il a partagée avec les autres.

Se prendre en charge aujourd'hui, se fixer des objectifs de croissance dans les divers domaines de développement et mesurer le chemin parcouru. Etre attentif au progrès personnel accompli par rapport au point de départ plutôt qu'à la comparaison ou à la compétition avec les autres.

Développer ses compétentes pour prendre dès aujourd'hui une part active à la vie du groupe et de la communauté plus large.

Développer une curiosité, un désir d'apprendre et de découvrir pour continuer demain à vivre dans la réalité du moment au rythme des évolutions, des progrès et des changements.

- RELATION ADULTE & JEUNE

Le Scoutisme est un Mouvement de jeunes dans lequel des adultes jouent un rôle important de soutien et d'accompagnement. Jeunes et adultes partagent le même idéal et le même engagement. Ils sont liés par la même promesse et observent la même loi. Ils sont donc partenaires, engagés dans un même projet de développement global de la personne. Bien entendu, chacun garde son identité, sa spécificité. Il ne s'agit pas pour l'adulte de jouer au jeune et il ne s'agit pas non plus pour le jeune de brûler les étapes, d'ignorer ses préoccupations, d'abandonner ses centres d'intérêt, de considérer sa jeunesse, son adolescence comme une étape à traverser le plus rapidement possible pour s'attaquer, enfin, aux "choses sérieuses".

Les jeunes ont besoin d'hommes et de femmes adultes pour les aider à réussir ce qu'ils entreprennent, développer la confiance en eux-mêmes, découvrir leurs limites, affronter la réalité d'une autre étape de la vie, trouver une référence, un répondant, quelqu'un avec qui dialoguer.

Les adultes ont besoin des jeunes qui les remettent en question, qui les amènent à s'interroger sur le bien-fondé et l'authenticité de leurs choix, de leurs engagements. Les jeunes les aident à garder la fraîcheur et la curiosité de celui qui découvre les choses pour la première fois.

Sur cette base d'écoute et de respect réciproque, de partenariat et de partage le Mouvement favorise le dialogue entre générations, un dialogue débarrassé des luttes de pouvoir, des angoisses, des projets sur I'autre. Chacun accepte l'autre comme il est et le respecte pour ce qu'il est, jeune ou adulte. Cela n'implique pas la complaisance par rapport aux comportements et aux actes critiquables mais une attitude positive d'accueil et d'écoute de la personne.

De la part de l'adulte, I'attitude éducative consiste à se mettre à l'écoute des jeunes, à accepter le dialogue, à s'efforcer de valoriser ce qui est bon, de donner la confiance, de rassurer; à créer un cadre de sécurité dans lequel les jeunes peuvent expérimenter et découvrir; à faire en sorte que tout ce qui se passe soit évalué, remis en perspective afin que les acquis, les conséquences, les progrès accomplis soient clairement explicités et s'intègrent à l'expérience de vie de chacun.

Lundi 11 mars, dans le journal de ce matin, Michel a lu l'histoire de ces deux adolescents, Véronique et Sébastien accusés du meurtre d'un autre jeune. Selon l'avocat de Véronique, ce qui ressort des premiers entretiens, c'est "I'absence totale de communication avec les adultes, y compris ses proches." Plus loin, dans le même article, c'est le père de Véronique qui déclare "Je me sens coupable de ce qui est arrivé à ma fille. Si je pouvais prendre sa place, croyez-moi, je la prendrais". Tout ceci ne veut pas dire que Véronique a manqué de "cadre", de "bons conseils", d'exemples lui permettant de "se discipliner" mais que de l'absence de communication, de la "non présence" des adultes a résulté un vide existentiel, une énorme angoisse, une perte totale de repères ayant conduit à l'irréparable.

Evidemment, il s'agit d'un fait divers, d'un acte extrême auquel tous les jeunes ne sont pas confrontés mais Michel est troublé par l'importance qu'a revêtue dans cette affaire l'absence de contact avec des adultes. A travers cela, il se sent conforté dans son action auprès des jeunes de son groupe auxquels il apporte le soutien et la référence d'un adulte prêt à les écouter mais aussi à poser des limites, des exigences. Le rôle qu'il joue auprès d'eux n'est pas facile et lui demande beaucoup mais, de toute évidence à la lecture des événements et de ce qui peut arriver à d'autres jeunes sans repères, le jeu en vaut certainement la chandelle!

Vivre au quotidien, dans l'action, le dialogue entre les générations.

Faire l'expérience d'une relation positive et gratifiante avec des adultes, basée sur l'authenticité et la confiance, le dialogue, I'écoute réciproque et l'engagement partagé sur des valeurs communes.

Développer pour plus tard le sens du respect mutuel entre jeunes et adultes, I'habitude et la pratique du dialogue entre les générations.

- VIE DANS LA NATURE

La nature est le cadre privilégié des activités scoutes. A l'origine, BP, qui était lui-même un homme habitué à vivre en plein air, à parcourir en tout sens les grands espaces de l'Afrique Australe, à bivouaquer et à pister, a puisé dans son expérience personnelle les aventures de sa vie pour proposer aux jeunes des activités qui leur plaisent.

De toute évidence, le cadre naturel est bien celui dans lequel on se trouve le plus directement confronté à des réalités avec lesquelles on ne peut pas tricher. Dans la nature, les distances, le froid, le chaud, la pluie, la neige, le vent, le sec sont des éléments auxquels on ne peut se soustraire, auxquels il faut s'adapter, trouver les réponses appropriées. Si par ailleurs on s'efforce d'y vivre en harmonie avec l'environnement, on retrouve nécessairement une frugalité des moyens et l'on se débarrasse du superflu des villes. C'est d'ailleurs au désert que de nombreux prophètes, des mystiques, ont rencontré Dieu ! La nature peut donc être un temple.

Quand on parle de "nature", de "plein air", c'est bien de la pleine nature qu'il s'agit, de la campagne, de la forêt, du désert ou de la brousse et non pas de la cour de l'école ou du camping municipal. Si dans les conditions actuelles, il n'est pas toujours facile d'aller réellement dans la nature, et si toutes les activités scoutes ne se déroulent pas en pleine nature, le camp et le bivouac de week-end en pleine nature restent indispensables. Sans eux, pas de véritable Scoutisme.

Vivre dans la nature, c'est aussi vivre en harmonie avec la nature, la respecter et la protéger. Pour le scout, la toute première activité de "protection de l'environnement" c'est précisément son art de vivre dans la nature. Ensuite seulement on pourra entreprendre des activités spécifiques de protection de l'environnement et enrichir par là, la dimension "nature" du Scoutisme.

Deux semaines de camp en été, un week-end campé par mois, toute l'année, quel que soit le temps. Pour Michel et son groupe, c'est le minimum indispensable. Chaque fois, les lieux sont choisis avec soin, repérés à l'avance pour offrir de nombreuses possibilités d'activités, de découvertes, de défis à relever et de pratique d'un "campisme intelligent". Dans ce cadre, chacun peut faire ses preuves, compter sur ses propres ressources et celles du groupe pour surmonter les obstacles. Au camp, pas de superflu, le monde des villes est laissé derrière soi et il s'agit de retrouver un art de vivre confortablement dans la simplicité. Michel apprécie pour lui-même et pour le groupe ces occasions de se recentrer, de s'attacher à l'essentiel et de briser, pour un temps, toute une série de dépendances. Dans la nature, le groupe se retrouve, se soude. C'est là que se construit la complicité entre tous, que se développe le partage et que se renforce le sentiment d'appartenir à un groupe différent des autres, ceux de la ville et de l'école.

Découvrir au contact de la nature, dans un milieu où l'on ne peut pas tricher sa propre dimension et ses propres limites.

Faire l'expérience de l'interdépendance de tous les éléments naturels et la nécessité de les préserver. Développer pour demain des attitudes et des comportements responsables, respectueux des équilibres naturels.