DU SCOUTISME, TOUT SIMPLEMENT !

 


6- UN SYSTÈME ÉDUCATIF (2/4)

2. UNE MÉTHODE

La méthode que le chef ou la cheftaine va utiliser pour mettre en oeuvre la proposition scoute et remplir la mission du Mouvement se compose de sept éléments, étroitement liés entre eux et en continuelle interaction.

Conformément à la proposition scoute qui invite le jeune à vivre aujourd'hui un certain nombre de réalités pour se préparer à l'avenir, les éléments de la méthode constituent à la fois un mode de vie pour aujourd'hui et un apprentissage pour demain.

 - LOI & PROMESSE

C'est l'élément central de la méthode.

La Loi est la loi du groupe, mais c'est aussi un style de vie, un ensemble de "valeurs en action" sur lesquelles le jeune s'engage par la Promesse.

Pour le chef, la Loi est donc tout à la fois un idéal pour tout membre du Mouvement, jeune ou adulte et un outil pédagogique, le moyen d'apprendre la référence. Quant à la Promesse, elle revêt elle aussi ces deux dimensions. C'est un engagement à vivre selon la loi scoute - loi du groupe et idéal de vie - mais c'est aussi un outil pédagogique, un moyen de faire, par l'action, l'apprentissage de l'engagement personnel et du respect de la parole donnée.

En adhérant à la Loi : faire aujourd'hui l'expérience d'un code et développer pour demain le sens du respect de la règle librement acceptée.

En s'engageant par la Promesse : faire aujourd'hui l'expérience de l'engagement volontaire et pour demain l'apprentissage du respect de la parole donnée.

Michel sait bien que l'important n'est pas que les scouts puissent réciter la loi par coeur, mais que celle-ci passe réellement clans leur vie, qu'elle guide leurs actions dans le groupe et au dehors.

Chaque fois que l'occasion se présente - et les occasions ne manquent pas - il fait référence à la Loi. Non pas pour rappeler sèchement tel ou tel article mais pour guider la réflexion des jeunes sur telle action, tel comportement, telle attitude. Qu'il s'agisse de la relation des jeunes entre eux, dans le cadre de la vie du groupe ou qu'il s'agisse d'une activité, la loi fournit un excellent outil d'évaluation, un ensemble de critères grâce auquel chacun peut comparer ce qui s est passé à un idéal.

Ainsi, lorsqu'une patrouille ne s'est pas présentée au lieu de rencontre prévu pendant une excursion, simplement parce que les jeunes avaient changé d'avis c'est sur la confiance réciproque, le respect de l'autre - en l'occurrence de Michel inquiet de ne pas trouver les jeunes au lieu fixé - qu'a porté la discussion avec la patrouille. Pour Michel, il ne s'agissait ni de juger, ni de culpabiliser les garçons et les filles mais plus simplement de les amener à prendre conscience des conséquences de la décision qu'ils avaient prise sans trop réfléchir. Devenir adulte c'est aussi prévoir - puis assumer les conséquences éventuelles des décisions que l'on prend.

Quant à la Promesse, Michel n'en fait pas l'investiture du scout idéal et parfait. C'est un signe, un engagement du jeune devant ses pairs, par lequel il dit avoir compris la règle de vie du groupe et l'idéal scout et vouloir faire "de son mieux" pour suivre cette règle avec les autres et vivre cet idéal au quotidien.

Dans la pratique, Michel donne à la Promesse une certaine solennité. Il s'efforce d'en faire un moment important pour chaque jeune en particulier, un jalon dans sa vie personnelle mais pas un rite d'initiation ni un sacrement !

- VIE EN PETITS GROUPES

Ce que Baden-Powell appelait le "système des patrouilles" est un élément fondateur du Scoutisme.

Le petit groupe (équipe, patrouille, etc...) c'est la cellule de base du Scoutisme. Ce sont sept ou huit jeunes ensemble - un peu moins chez les plus jeunes - avec l'un d'entre eux pour "leader". Ce n'est ni plus ni moins que l'utilisation de la dynamique naturelle des jeunes, de leur tendance à vivre en bandes, à s'organiser entre eux. Ensemble, quelques-uns de ces petits groupes - généralement 4 ou 5 - constituent une troupe qui bénéficie du soutien d'un encadrement adulte.

Le système marche bien quand ce principe est respecté, c'est-à-dire quand l'initiative vient de la base, ou s'exerce la participation directe des jeunes aux décisions qui les concernent, au choix des actions à entreprendre et quand les adultes présents sont vraiment en appui, accompagnant la démarche des jeunes pour les aider à réussir.

Autrement dit, la "patrouille" n'est pas une subdivision de la "troupe" et le "Chef de Patrouille" n'est pas une courroie de transmission des "ordres" et des "décisions" de la "Maîtrise".

A l'intérieur du petit groupe, dans l'action au quotidien, se tissent et se renforcent des liens entre les personnes. Chacun y découvre l'autre, apprend à le connaître avec ses richesses et ses limites. Chacun sait jusqu'où il peut compter sur l'autre et dans quels domaines et chacun découvre aussi la contribution qu'il peut faire à la vie du groupe. C'est bien une expérience de vie que les jeunes partagent au sein du petit groupe avec ses temps forts, ses bons moments mais aussi ses difficultés et, le cas échéant, ses déchirures.

Pour Michel, ce n'est pas le plus facile car, bien souvent il pense qu'il gagnerait beaucoup de temps en prenant lui-même les décisions. Après tout il est adulte. Il est déjà passé par là et son expérience devrait suffire à convaincre les jeunes. Malheureusement ça ne se passe pas comme cela et "Inexpérience est un flambeau qui n'éclaire que celui qui le porte". L'expérience que procure aux jeunes la vie en petit groupe est irremplaçable. Michel se souvient que, quelques années en arrière quand il a lancé son groupe scout, il a fallu presqu'un an pour que les équipes se forment et se structurent. Mais alors quelles équipes ! soudées, fortes, capables de décider, de participer, de déléguer. Les jeunes savent comment répartir les tâches entre eux. S'il avait formé lui-même les équipes et fractionné tout de suite le grand groupe, il n'aurait jamais obtenu ce résultat. C'est à travers cela qu'il a compris le bien-fondé de I'intuition scoute: utiliser dans un sens positif les mécanismes du jeu naturel de l'enfant, le dynamisme et les tendances naturelles des jeunes, s'appuyer sur leur richesse propre.

Apprendre aujourd'hui le rôle à jouer et la pose à prendre au milieu des autres.

Faire entendre sa voix, participer aux décisions, influencer le cours des choses.

Ecouter le point de vue des autres, dialoguer, accepter des idées et des opinions différentes.

Etre acteur dans ce qui se passe.

Apprendre pour demain l'écoute active, la participation, la démocratie, la responsabilité, le respect des engagements pris.

Faire aujourd'hui l'expérience de la solidarité et de l'interdépendante, de l'attention à l'autre et du respect d'autrui développer pour demain le sens du service.

- ÉDUCATION PAR L'ACTION

Au départ, et dans l'esprit de beaucoup de gens, il s'agit simplement de substituer à un enseignement théorique, livresque, la pratique concrète dans l'action de la compétence à développer. Mais l'éducation par l'action va bien au-delà de l'acquisition d'un savoir-faire technique - par exemple : faire un noeud pour apprendre à faire un nid - elle peut couvrir tous les domaines de développement de la personne. Ainsi, la vie en groupe permet l'apprentissage de la relation aux autres; la promesse, celui de l'engagement et la pratique du service celui de la solidarité.

L'expression "Ecole de la vie" a un double sens. D'une part, il s'agit d'apprendre à vivre c'est-à-dire de développer les connaissances, les compétences et les attitudes utiles pour mener sa vie de manière autonome, solidaire et responsable. D'autre part, il s'agit "d'apprendre de la vie" c'est-à-dire de tirer parti de tout ce qui se passe dans le groupe, des actions entreprises, des situations auxquelles chacun se trouve confronté, dans le contexte de la vie du groupe.

Le Scoutisme consiste à enrichir d'un contenu éducatif les actes de la vie quotidienne. Il le fait, notamment, à travers un effort de "suivi-évaluation" des actions permettant de tirer des expériences vécues tout ce qui peut contribuer au développement de chaque personne dans un domaine ou dans un autre.

Enrichir l'action. Pour Michel, voilà un défi permanent. Il s'agit en effet de faire en sorte que tout ce qui se passe dans le groupe, les actions entreprises, contribuent au développement des jeunes dans un domaine ou dans un autre. Bien entendu, si les jeunes ont des idées et les expriment, ils recherchent d'abord l'aventure, I'exploit à accomplir, la réalisation d'une activité qui leur plaît. Le contenu "éducatif", ça, c'est une autre histoire! Tout le problème justement, pour Michel, c'est de faire en sorte que l'action entreprise en ait un, sans que pour autant cela soit clairement énoncé, totalement explicite dès le début et tout au long de I 'activité .

Autre problème pour lui : faire en sorte que sur une certaine durée, il y ait un équilibre entre les différentes activités entreprises pour qu'ensemble elles contribuent bien au "développement global" de la personne.

Nous connaissons tous - et Michel en connaît aussi - des "troupes de gros bras" ou l'essentiel de l'activité est tourné vers le développement physique, le sport, les défis, les autres dimensions étant laissées de côté. Pour Michel, compte tenu de ses compétences professionnelles et de ses goûts, il serait facile - et parfois tentant de lancer les jeunes à corps perdu dans des activités d'informatique, introduisant par là dans les activités scoutes une "nouvelle technologie" à laquelle les jeunes se consacreraient entièrement, et de finir avec une troupe de "crânes d'oeuf" aux bras fluets.

Etre chef scout, ce n'est pas toujours facile !

Traduire aujourd'hui en action ses centres d'intérêt, aiguiser pour demain l'esprit de découverte, la curiosité d'expérimenter, et le désir de participer plutôt que de regarder.

Agir pour apprendre dans tous les domaines.

Développer aujourd'hui des compétences utiles, les moyens de faire face aux situations. Se donner les moyens de relever les défis et acquérir pour plus tard le goût du développement continu des compétences.

- LE CADRE SYMBOLIQUE

Dès l'origine, le Scoutisme s'est situé dans un cadre symbolique celui du coureur des bois, des grands espaces, de l'explorateur qui correspondait à l'imaginaire des jeunes à qui il s'adressait et répondait à leur besoin de merveilleux.

Combien de jeunes Anglais, en 1907, pouvaient courir dans la campagne en culottes courtes, pétrir la pâte à pain sur leur veste étalée par terre, faire du feu, suivre des pistes et dormir sous la tente ? Le symbole du scout, à cette époque, c'est celui de la liberté de mouvement, de la vie au grand air, de la débrouillardise et du non conformisme à travers lesquels se développent sans contrainte les qualités de l'individu, sa motivation et sa capacité à prendre une place originale et active dans la société.

Plus tard, en d'autres lieux, pour d'autres âges, d'autres symboles seront utilisés: la vie dans la jungle, le petit d'homme et l'organisation sociale de la meute pour les louveteaux, appuyés sur Le livre le la jungle; le mythe du chevalier, du croisé pour répandre l'idéal du service, de la générosité, du courage et du désintéressement; le mythe de l'Indien pour soutenir la vie dans la nature, le courage, la tribu, la simplicité des murs, l'originalité des scouts au milieu des gens ordinaires; le mythe du commando, libérateur, fort de caractère, capable de survivre dans un monde hostile peuplé d'ennemis, mais défenseur de la bonne cause, de la justice et de la liberté ou le mythe du Pionnier, découvreur d'un monde nouveau et bâtisseur affronté au réel "qui jettera des ponts dans les vallées".

D'autres cadres symboliques, d'autres mythes ont également marqué le Mouvement, ils varient évidemment en fonction des cultures.

Chacun de ses mythes a correspondu à une étape dans l'histoire du Mouvement et de la société dans laquelle il se situait. Tous ont en commun de concrétiser pour les jeunes garçons et filles - un idéal. Ils stimulent leur imaginaire et les amènent à créer eux-mêmes à l'intérieur de ce cadre symbolique les activités, les actions, les objets et les images qui feront d'eux pour un temps ces héros imaginaires .

Il ne s'agit pas de s'évader du réel, mais de se projeter dans l'avenir ou dans un autre environnement, de se préparer en relevant des défis dans ce monde imaginaire, porteur et dynamique, à affronter les défis du quotidien, du réel, de la vie telle qu'elle est et des gens tels qu'ils sont. Nous trouvons là une autre intuition essentielle du Scoutisme: capter l'intérêt des jeunes à travers l'imaginaire, leur capacité de s'émerveiller et de pénétrer de plein pied dans un monde différent mais - pour eux - pas si éloigné de la réalité et qui constitue bien souvent un itinéraire privilégié vers la réalité. C'est là l'un des ressorts essentiels du jeu naturel de l'enfant. Refuser le détour nécessaire par l'imaginaire, la fiction, c'est risquer de se fermer l'accès à la réalité.

Le week-end de troupe, la semaine dernière en montagne, c'était "le défi de l'ours polaire". Raquettes aux pieds, Michel et ses scouts ont marché dans la neige, construit des igloos pour y passer la nuit, ramassé sous les arbres le bois sec pour le feu. Le Jura, à 30 km de Genève était devenu le grand nord canadien et pour les jeunes c'était la grande aventure. Rien à voir avec les courses à ski de fond, en famille les autres dimanches. Là, il fallait survivre, dans le vent et dans le froid, dans la nuit, sous les étoiles... et sous les blocs de neige. Chacun est revenu avec quelque chose à raconter, et le sentiment d'avoir accompli un véritable exploit. Ce n'était pas pour se vanter, non, mais simplement pour dire: "Ce soir-là, j'ai repoussé mes limites. C'est ça la véritable expérience et "l'ours polaire" m y a aidé".

Libérer l'imaginaire dans un monde de fiction pour stimuler la capacité de créer, d'inventer et de s'émerveiller, indispensable à une vie plus riche et plus intense.

Faire l'expérience aujourd'hui, d'une manière adaptée au niveau de développement de l'individu et aux centres d'intérêt du moment, d'un rôle personnel à jouer et d'une place à prendre.

S'approprier la réalité à travers la fiction.

Vivre à plein les rêves et les mythes de son âge pour vivre mieux demain sa vie d'adulte sans le regret des expériences manquées et désormais à jamais évanouies.