ISAAC POUGATCH

ROBERT GAMZON dit «Castor soucieux»

HOMMAGE à ROBERT GAMZON

On connaît la parole du Talmud : "Jacob notre Père n'est pas mort : tant qu'il revit dans sa descendance le patriarche est de ce monde"; de même pour Robert Gamzon. Il reste vivant dans le coeur des innombrables Eclaireurs Israélites qui, fidèles à son enseignement, se transmettent le flambeau du Judaïsme.

La communauté juive française a une reconnaissance indéfectible envers Robert Gamzon pour l'avoir dotée du mouvement des Eclaireurs Israélites qui a essaimé dans toutes nos cultuelles et forme tant de nos jeunes dans un esprit d'attachement à notre culte. Elle lui doit aussi d'avoir sauvé nombre de nos enfants de la persécution nazie et pris une part si active et si courageuse avec ses éclaireurs dans la libération de notre pays.

Le Judaïsme français lui est reconnaissant du magnifique exemple d'idéalisme qu'il a donné avec d'autres jeunes animés d'une même foi et d'une même ardeur en allant s'établir en Israël pour mieux servir D. et la Tora, associant ainsi intimement nos coreligionnaires de France à l'oeuvre miraculeuse de résurrection juive qui s'accomplit en Eretz Israël.

J. KAPLAN - Grand Rabbin de France


PRÉFACE

Dix ans après sa mort, "Castor" est entré dans la légende. Ses petits éclaireurs devenus des hommes ont régénéré le judaïsme, donné à la France des héros à l'image de leur chef, et plus tard certains l'ont suivi en Israël.

Après sa disparition prématurée, ses amis ont pieusement conservé son message et médité son exemple. Symbole de leur fidélité, un Foyer Robert Gamzon est en construction en Israël et sera inauguré en 1972 ; il fait partie de la Maison de France, bâtie au sein de l'Université de Jérusalem.

Nourrir et entretenir cette légende et porter témoignage de cette épopée exaltante au bénéfice des jeunes générations, tel est le but du petit ouvrage que voici. Il m'est agréable de le présenter à tous ceux qui ont foi en l'homme et qui croient vraiment que la générosité et l'enthousiasme peuvent surmonter tous les obstacles.


Robert Gamzon avait 17 ans quand il créa les Eclaireurs Israélites de France en réunissant à Versailles les garçons d'un patronage. A l'âge où les jeunes pensent en général aux divertissements frivoles, il conçut le projet de créer une Association où les jeunes Juifs pourraient, eux aussi, pratiquer le scoutisme.

Certes, les jeunes Juifs étaient admis largement dans deux ou trois associations déjà existantes, mais il estimait fort justement que pour un enfant juif, héritier d'un patrimoine incomparable, on ne saurait séparer éducation et judaïsme; bien au contraire, il entendait user de la méthode de Baden-Powell pour actualiser et exalter la mission d'Israël chez les jeunes.

Mais qui était donc cet homme, capable d'une telle diversité dans l'action, d'une telle influence sur les jeunes de sa génération ? Quel était le moteur profond de ce petit homme sec et nerveux comme un sarment de vigne, aux traits aigus et volontaires, aux yeux vifs et souriants, à la voix chaude et caressante ?

C'était un Juif ardent et sincère, animé d'une profonde et fervente vie intérieure. Il était imprégné de notre tradition et la voulait vivante et sans compromis. Edmond Fleg qui l'a aimé et inspiré tout au long de sa carrière, disait un jour que Castor avait créé une nouvelle mystique, un "'Hassidisme" moderne.

Castor était aussi et avant tout un homme de coeur tout simplement. Il aimait les hommes profondément, au sens de la Tora; il avait confiance en eux et pensait qu'ils étaient naturellement bons. Il pensait que tous les désaccords, toutes les haines proviennent d'un défaut de compréhension réciproque et c'est pourquoi tous ses efforts tendaient vers l'harmonie.

L'harmonie, (Tivliout en hébreu), c'est le petit livre qu'il écrivit à la fin de la guerre. Là, il écrit : «...qu'il rêve de la Cité d'Amour qui n'aura ni lois ni magistrats, où chacun produira et recevra avec ardeur, donnera et recevra, et passera le reste du temps avec ses amis. Car l'amitié sera en honneur dans cette Cité, les amis seront sûrs ; et on déversera le trop plein de ses mains dans les mains d'autrui...»

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Pour évoquer une personnalité aussi riche que celle de Robert Gamzon, il fallait un écrivain d'une grande sensibilité, qui l'ait connu intimement et qui ait partagé ses rêves, ses inquiétudes et ses luttes. Isaac Pougatch remplit parfaitement ces conditions.

Né à Kiev, il a fait ses études à Genève. Spécialiste de la culture et de la littérature Yiddich, c'est grâce à ses remarquables traductions que nous connaissons la poésie tendre et ironique du ghetto, si bien illustrée par le "Juif aux Psaumes" de Chalom Ash et par le "Tailleur Ensorcelé" de Chalom Aleichem.

Mais c'est aussi un Educateur, dans le sens plein du mot. Comme Robert Gamzon, il a le secret de la communication avec les Jeunes, secret qui n'a jamais paru aussi mystérieux qu'aujourd'hui &

Il les aime et il sait les entraîner derrière lui.

Sous l'occupation il a dirigé le Chantier Rural de Charry près de Toulouse. Il a raconté cette passionnante aventure dans un livre plein de finesse et de délicatesse.

Après la guerre il a dirigé l'Ecole des cadres de Plessis-Trévise près de Paris. Cette nouvelle expérience a donné lieu à un autre livre : "Les Educateurs à l'Ecole" où le lecteur se trouve associé à la tâche complexe et subtile d'apprendre à enseigner, et surtout celle de faire des hommes.

Pougatch se rattache ainsi étroitement à Robert Gamzon par ces deux pôles essentiels : la fidélité à la tradition juive et la foi inébranlable dans la jeunesse.

Il avait tous les atouts pour faire une évocation fidèle et authentique. Je souhaite que le lecteur trouve, à la lire, la même émotion que j'y ai trouvée moi-même.

Robert MUNNICH - Ingénieur général de l'Armement.

NOTE DE L'AUTEUR

L'auteur remercie chaleureusement les anciens dirigeants ainsi que les jeunes chefs E.I.F. pour leurs précieuses indications biographiques et techniques.

Il exprime aussi sa gratitude à la Direction de "Yad Vachem" (Jérusalem) pour les microfilms du journal de bord de Robert GAMZON, obligeamment transcrits et mis à notre disposition par Anny LATOUR qui, dans son substantiel ouvrage "la Résistance juive en France", a réservé au chef du Maquis E.I., la place qui lui revenait.

Dans le cours de l'ouvrage, on a évité, autant que possible, de nommer les vivants


UN BÂTISSEUR : ROBERT GAMZON
1- L'attaque du train
2- Le Mouvement des EEIF et son Fondateur
3- A l'ombre d'Edmond FLEG
4- Une chaîne de joie et d'amitié
5- Révolution silencieuse
6- La tempête
7- Tenir pour survivre...
8- Face au Moloch
9- Le maquis juif - Le parachutage - Cette fois, ça y est
10- "Captain Gamzon"
11- Tivliout
12- L'École d'Orsay
13- L'appel d'Israël
14- Le "final" interrompu
15- L'armée secrête d'une victoire