
SON HISTOIRE |
Depuis 400 ans seulement, l'histoire du petit Emmanuel est différente de celle de David le petit juif, et de Jean-Marie le petit catholique. En effet, l'histoire de sa religion commence avec la Bible. Il adhère au récit de la création du monde. Adam et Eve sont ses ancêtres. Ils ont "désobéi" à Dieu, et toute la Bible n'est que le récit de cette lutte souvent passionnante entre le bien et le mal dans l'attente du Sauveur.
Mais l'histoire des Hébreux est beaucoup plus connue d'Emmanuel que de Jean-Marie ou de Hamid. Il y a même des événements bibliques dont Emmanuel revit régulièrement le déroulement.
| Gédéon & la Toison de Laine |
Ceux en particulier tirés du Livre des Juges (qui fait partie de l'Ancien Testament). Dans ce livre, l'histoire de Samuel ou celle de Gédéon est familière à Emmanuel.
Gédéon était un jeune homme du genre "résistant". Alors que les enfants d'lsraël, dont il faisait partie, étaient livrés par leur faute aux mains de Madian, un affreux tyran, Gédéon reçut la visite d'un ange du Seigneur. Cet ange dit à Gédéon qu'il sauverait ses frères de la tyrannie des Madianites. Alors Gédéon éleva un autel pour le Dieu Unique à la place de l'autel dédié à Baal, une vulgaire idole.
Pour prouver la force de son Dieu, Gédéon lui demanda d'imprégner de rosée la toison de laine qu'il étendrait par terre, alors que le sol était sec.
Le jour suivant, tôt le matin, Gédéon se leva et alla tordre la toison de laine. Il en sortit une pleine coupe d'eau alors que la terre tout autour était sèche. Mais Gédéon n'était pas convaincu pour autant. Il demanda à son Dieu une "autre preuve" : "Que la toison soit sèche et la terre tout autour gorgée d'eau". Le lendemain matin, le voeux de Gédéon était accompli.
Convaincu, il leva une armée. Mais il y avait trop d'hommes. Dieu lui ordonna de faire un choix parmi ces hommes. Les emmenant au bord de l'eau pour boire, il ne conserva dans ses troupes, comme Dieu le lui avait recommandé, que les hommes qui lapaient l'eau à la manière des chiens. Avec quelques hommes (300 environ) Gédéon partit à la rencontre des armées madianites.
Les armées ennemies étaient beaucoup plus nombreuses. Pour attaquer leurs camps, Gédéon divisa ses hommes en 3 équipes. Chaque homme reçut une trompette, une cruche-et une torche. Gédéon mit au point une tactique: "Quand vous arriverez près du camp, soufflez dans les trompettes, et hurlez : Pour Dieu et pour Gédéon . Ensuite, cassez vos cruches".
Les Madianites, trompés par tout ce bruit, prirent peur et s'enfuirent. La paix régna alors sur Israël tant que Gédéon vécut.
| Samson & Dalila |
Toujours dans le Livre des Juges, le petit Emmanuel se familiarisera vite avec une autre histoire, passionnante elle aussi, celle de Samson. Après le règne de Gédéon, les enfants d'lsraël avaient encore une fois péché. Alors, encore une fois ils furent punis, et les Philistins devinrent leurs maîtres. Un personnage extraordinaire naquit à cette époque, qu'on appela Samson.
Avant sa naissance, l'ange du Seigneur avait averti sa mère, qui jusque-là n'avait pas eu d'enfant : "Ton fils sera consacré par Dieu. C'est lui qui arrivera à libérer Israël de l'esclavage des Philistins. Mais tu ne devras pas lui couper les cheveux". Avant de libérer Israël des Philistins, Samson devint un jeune homme très fort, mais qui tomba amoureux de... la fille d'un Philistin. Elle parvint à lui arracher la solution d'une énigme et, vexé, Samson retourna dans la maison de son père.
Une autre femme, Dalila, trouva grâce alors à ses yeux. Encouragée par les Philistins, elle essaya de savoir d'où venait la grande force de Samson. Après plusieurs tentatives, elle parvint à lui faire avouer que sa force venait des "sept tresses de sa chevelure". Alors Dalila coupa les cheveux de Samson pendant son sommeil, toucha l'argent promis par les Philistins, et Samson perdit sa force : les Philistins le firent prisonnier.
Mais peu à peu la chevelure de Samson repoussait et sa force revenait. Les Philistins, heureux d'avoir maîtrisé cet homme fort, le firent sortir de prison pour le montrer au peuple. Mais Samson demanda à s'appuyer sur les colonnes de l'édifice qui l'abritait et abritait en même temps tous les chefs philistins. Il pria Dieu de lui redonner sa vigueur afin de se venger des Philistins. Il s'arc-bouta de toutes ses forces contre les colonnes et la construction s'écroula sur les Philistins.
| David & Goliath |
Fils d'un riche propriétaire de Bethléem, David gardait le troupeau de son père quand le prophète Samuel le découvrit pour en faire le roi d'lsraël.
Les Philistins (encore eux) combattaient alors Israël. Les deux camps ennemis étaient installés de chaque côté d'une vallée quand un homme, nommé Goliath, casqué, cuirassé et a armé jusqu'aux dents sortit du camp des Philistins. Il demanda aux Israélites de choisir un homme parmi eux pour venir combattre contre lui : le résultat du combat déterminerait quel peuple deviendrait l'esclave de l'autre.
David dit alors au roi Saul : "Je combattrai Goliath". Mais Goliath était plus mûr, plus entraîné que David. Le jeune garçon cependant se sentait fort, grâce à l'aide que le Seigneur lui avait toujours accordée. Il refusa même l'armure et le casque qu'on lui proposait. Armé d'un bâton, il prit dans le torrent qui passait là cinq pierres qu'il mit dans sa besace Armé d'une simple fronde, il marcha vers Goliath le guerrier philistin, qui se mit à rire en le voyant. Alors David répondit aux moqueries de son adversaire : "Tu viens vers moi avec une épée et une lance, mais moi je m'avance contre toi au nom du Seigneur, le Dieu des armées d'lsraël".
Tirant une pierre avec sa fronde, David blessa Goliath au front et le géant tomba face contre terre. Sans le secours des armes, David avait vaincu les Philistins, qui s'enfuirent, poursuivis par les enfants d'lsraël victorieux.
| Le Buisson de Flammes |
Un autre livre de la Bible est familier au petit Emmanuel. C'est le Livre de l'exode, qui, raconte la fuite des enfants d'lsraël à travers le désert pour passer d'Egypte en Terre Promise. La scène se passe au moment où les Hébreux sont encore esclaves des pharaons en Egypte.
Moïse, qui, avait été sauvé de la mort et recueilli par la fille du pharaon, promenait les troupeaux de son beau-père dans le désert. Il arriva sur la montagne d'Horeb et là, il vit un buisson qui était en train de brûler. Les flammes étaient immenses, mais le buisson ne se consumait pas. Moïse s'approche et entend une voix qui l'appelle. C'est la voix de Dieu, le Dieu d'Abraham, d'lsaac et de Jacob, qui lui dit :
"J'ai vu l'humiliation de ton peuple qui est en Egypte... Je l'ai entendu crier sa détresse... Je suis décidé à le faire sortir d'Egypte et à le conduire dans un pays où coulent le lait et le miel".
Moïse demande à Dieu comment convaincre son peuple, et Dieu le lui dit. Mais Moïse a peur que les enfants d'lsraël ne le croient pas. Alors Dieu donne à Moïse des "signes" de sa puissance. Il transforme devant lui le bâton de Moïse en serpent et quand celui-ci étend sa main pour prendre le serpent par la queue, le serpent redevient un bâton.
Mais Moïse doutait toujours. Alors Dieu lui dit de poser sa main sur sa poitrine, puis de la retirer. La main de Moïse était couverte de lèpre et toute blanche. Enfin quand Moïse selon l'ordre de Dieu remit sa main sur sa poitrine et la retira de nouveau, elle était redevenue normale. Encouragé par ces deux miracles, Moïse retourna vers son peuple, rencontra Aaron son frère, qui répéta au peuple les paroles de Dieu à Moïse. Aaron refit aussi, devant les Hébreux, les deux miracles enseignés par Dieu, et tout le peuple fut convaincu.
| Le Passage de la Mer Rouge |
Les enfants d'lsraël, traversaient alors le désert, fuyant l'Egypte pour retourner dans leur pays. Dieu leur montrait le chemin : dans la journée sous la forme d'épais nuages qui avançaient devant eux, et pendant la nuit sous la forme d'une colonne de feu qui les éclairait et les guidait.
Mais pendant qu'ils marchaient ainsi, les Egyptiens s'aperçurent que leur main-d'oeuvre avait disparu. Ils devaient travailler eux-mêmes pour remplacer leurs anciens esclaves et cela ne leur plaisait pas. Alors le pharaon, chef des Egyptiens, décida d'envoyer des hommes armés à la poursuite des fils d'lsraël. Ces "gendarmes" rattrapèrent Moïse et son peuple au bord de la mer Rouge.
Les enfants d'lsraël prirent peur. Ils reprochèrent à Dieu de les avoir amenés jusque-là pour rien, puisque les Egyptiens les avaient rattrapés. Mais Dieu leur dit d'avoir confiance. Il s'adressa même à leur chef, Moïse, en ces termes : " Lève ton bâton, étends ta main sur la mer, et elle s'ouvrira en deux". Et la mer Rouge se retira de chaque côté, laissant un passage qui permit aux Israélites de traverser à pied sec ce bras de mer qui les séparait de la Terre Promise.
Et les Egyptiens ? Pour les empêcher de poursuivre leurs anciens esclaves, Dieu fit en sorte que les nuages qui avaient guidé les enfants d'lsraël se reforment derrière eux afin que les Egyptiens les perdent de vue. Mais les troupes du pharaon ne s'avouèrent pas vaincues pour autant. Les nuages dispersés, ils partirent à la poursuite des compagnons de Moïse. Alors Dieu lui dit : "Etends encore ta main sur la mer". Les eaux se refermèrent et engloutirent les cavaliers égyptiens.
Dieu délivra ainsi le peuple qui croyait en Lui.
| Le Veau d'Or |
Mais bientôt le peuple se détacha de Moïse, qui, perdu dans la montagne, conversait avec Dieu. Et ce peuple dit à Aaron, le chef des prêtres : "Fais-nous donc un dieu, car nous ne savons pas ce que Moïse est devenu". Alors Aaron commanda au peuple de lui apporter tous ses bijoux d'or et il en fit une statue en forme de veau. Il bâtit un autel devant ce nouveau dieu, et une fête s'organisa autour du veau d'or.
Dans la montagne, Dieu dit à Moïse : "Redescends vers ton peuple car il m'a désobéi". Dieu était en colère. Moïse demanda pour lui l'indulgence de Dieu et parvint à l'obtenir.
| Le Nouveau Testament |
Mais si le protestantisme est tellement attaché à l'Ancien Testament, c'est qu'il le considère comme un Livre plein de promesses, des promesses qui seront réalisées par le Nouveau Testament. On ne peut comprendre l'un sans l'autre et la Genèse, l'Exode, le Deutéronome, ou le Livre des Rois, constituent la préface des Evangiles. L'annonce de la venue du Christ.
A partir de la naissance de Jésus, c'est l'histoire des chrétiens qui devient l'histoire de Jean-Marie. Mais certains événements de la vie du Christ sont mieux connus d'Emmanuel le petit protestant. Voici les principaux:
| Des histoires de Noël |
Emmanuel récite ou mime le récit de la Nativité tel qu'il a été rapporté par saint Luc. Il connaît très bien aussi l'histoire des Rois mages.
Tu te souviens sans doute qu'au moment de la naissance de Jésus quelques personnages importants et forts sages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem. Ils demandèrent au roi Hérode : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile dans notre pays, et nous sommes-venus pour l'adorer".
Le roi Hérode réunit les chefs des prêtres et leur demanda où devait naître ce personnage. Il sut alors que c'était à Bethléem, une petite ville de Judée. Il en avisa les mages, et leur demanda de s'informer au sujet de cet enfant, puis de le tenir au courant.
Les mages repartirent et leur étoile les guida jusqu'à l'étable où Jésus venait de naître. Alors, ils lui rendirent hommage et déposèrent à ses pieds les cadeaux apportés d'Orient: de l'or, des bâtons d'encens, et les branches de myrrhe, une plante qui sent très bon. Mais leur conscience leur dit de ne pas avertir Hérode de leur découverte et ils rentrèrent chez eux par un autre chemin.
La vie du Christ, telle qu'elle est racontée par les quatre évangélistes : saint Marc, saint Jean, saint Luc, et saint Matthieu, est sans cesse présente à l'esprit d'Emmanuel. Cependant, certains événements de cette vie, certaines paroles ou certains actes du Christ, ont une importance plus grande à ses yeux. Ce sont des récits qui te toucheront toi aussi.
| "Lèves-toi et marches" |
Pendant sa vie publique, Jésus prêchait, mais il faisait aussi des miracles. Un jour, alors qu'il passait par Capharnaüm, une ville de Galilée, on lui amena un homme complètement paralysé, et couché sur une civière. Les hommes qui le portaient avaient une grande confiance en Jésus et, ne pouvant approcher le Christ à cause de la foule, ils pénétrèrent jusqu'à lui par le toit de la maison où il se tenait. Jésus dit alors au paralysé : "Tes péchés te sont pardonnés". Les savants qui étaient là furent mécontents. "Seul Dieu peut pardonner les péchés".
Jésus, qui devinait leur pensée, leur demanda : Est-il plus facile de dire "tes péchés te sont pardonnés" ou bien "Lève-toi et marche ?". Et Jésus ajouta : "Pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés... Lève-toi, dit-il au paralysé, prends ta civière et rentre chez toi".
Ce que fit le paralysé, alors que les foules qui l'entouraient glorifiaient Dieu.
| L'Aveugle de Naissance |
Un jour, les compagnons de Jésus lui demandèrent qui était responsable de l'infirmité d'un homme qui était né aveugle et qui passait sur leur chemin. Jésus répondit que "ni lui ni ses parents n'étaient responsables, mais qu'il était aveugle pour que l'action de Dieu se réalise à travers lui".
Alors Jésus cracha par terre, fit de la boue avec sa salive, et mit cette boue sur les yeux de l'aveugle. Il lui dit ensuite d'aller se laver dans une piscine qu'on appelait "piscine de l'Envoyé". Quand l'homme revint, il n'était plus aveugle.
A la suite de ce miracle, l'homme qui avait retrouvé la vue fut interrogé par les savants et les princes des prêtres. Il affirma que Jésus était un prophète et qu'il l'avait guéri. Ceux-ci ne voulurent pas reconnaître la puissance divine du Christ, et chassèrent l'ancien aveugle qui, rencontrant Jésus, reconnut en Lui le "Fils de l'homme", devant lequel il se prosterna.
| La Réforme |
Pendant les 15 premiers siècles de notre ère, Emmanuel "vit" l'histoire des autres chrétiens. C'est au XVIe siècle seulement qu'on parle pour la première fois de "protestants".
Mais depuis plusieurs siècles déjà (en fait depuis le Moyen-Age) des hommes essayaient de réveiller les consciences endormies. Ils avaient un besoin profond de vérité plus grande, de foi plus directe. Comme Jeanne d'Arc, dont la devise était : "Messire Dieu, premier servi". Après elle, saint François d'Assise et Savonarole, un dominicain italien, essaient de purifier les rapports entre l'homme et Dieu.
Bientôt l'humanisme - une doctrine qui cherche à développer les qualités de l'homme - donne un espoir nouveau. Mais il ne parvient pas jusqu'au peuple, et son porte-parole nommé Erasme (un humaniste chrétien de Hollande) ne se fait entendre que d'un petit nombre.
Au début du XVIe siècle, le besoin de transformation, de "réforme", est très fort et l'Eglise officielle ne semble pas prête à répondre à ce besoin.
| Martin Luther |
C'est dans cette ambiance qu'un homme, appelé Martin Luther, entre au couvent dans l'ordre des Augustins pour mieux servir Dieu. Comme les penseurs de son époque, Martin Luther se posait des questions, Celle-ci en particulier : "Comment trouverai-je un Dieu miséricordieux ?".
Il met au point des théories (appelées thèses) sur la façon de comprendre les Evangiles, et enseigne les théories en question dans le cadre traditionnel de l'Eglise catholique.
Pour la Bible, c'est un peu la même chose. Luther va se battre afin que les Livres qui la composent soient repris et compris dans leur vérité première. La légende raconte même que, puni, le moine avait été mis au cachot, et qu'il avait trouvé là une Bible attachée au mur par une chaîne. Il s'était juré de "libérer la Bible enchaînée", ce que d'ailleurs il a fait. Il était persuadé que "l'interprétation fidèle des Livres Saints est très difficile, mais qu'elle seule peut libérer l'homme".
| Le Témoignage d'un homme |
De nombreux chrétiens vont se rallier aux thèses de Luther, d'abord en Allemagne où elles sont publiées en 1517 "par amour de la vérité".
Qu'affirment ces thèses ?
-"Le désespoir de l'homme en face de la sainteté de Dieu".
-"L'espoir de ce même homme face à la croix de Jésus-Christ".
Elles constituent le témoignage d'un croyant sur la souveraineté de Dieu, souveraineté redécouverte dans les textes saints.
Autour de Luther, des amis se groupent et il devient leur porte-parole. Malheureusement, des hommes plus intéressés par le pouvoir que par la foi vont se servir de la réforme luthérienne pour en faire une réforme sociale et politique. Ils veulent se couper de l'autorité de Rome.
| Rapports directs avec Dieu |
Comment réagit l'Eglise traditionnelle ? Les dominicains demandent au pape d'intervenir. En effet, et nous sommes au coeur du problème, un de ces dominicains affirmait que " l'Eglise et le pape sont les dépositaires de la règle de la foi ". Luther au contraire affirme : "L'essence de l'Eglise consiste dans les rapports immédiats des fidèles avec son invisible chef, le Christ, sa force et sa vie". En termes clairs, les réformateurs pensent que l'homme doit avoir des rapports directs avec Dieu, qu'il n'est pas obligé de passer par l'autorité du pape et de l'Eglise.
En 1521, Luther est condamné par l'Eglise traditionnelle. Il sort libre de la réunion mais doit vivre caché. Il commence à prêcher, puis organise une nouvelle Église. La Réforme va se répandre en Europe, où les princes adeptes des idées nouvelles constituent une ligue.
En 1529, au cours d'une assemblée religieuse internationale appelée diète, qui avait lieu à Spire, en Allemagne, six princes et les quatorze représentants des villes indépendantes s'élevèrent contre un décret publié 3 ans plus tôt. Leur "manifeste" commençait par les mots : "Nous protestons..." De là vient l'habitude d'appeler les réformateurs "protestants".
D'Allemagne, le "protestantisme" gagne les pays scandinaves, puis la Suisse avec un réformateur dynamique : Zwingli.
L'Alsace est vite touchée. Un curé de Strasbourg, qui administrait la cathédrale, avait préparé le terrain. Un trio de réformateurs (Capiton, Bucer et Hédion) n'a plus ensuite qu'à diffuser les thèses luthériennes. Petit à petit, la réforme de Luther s'étend à travers tout l'Empire germanique et certains princes en tirent profit.
Plus au nord, dans les pays scandinaves (Suède, Danemark, Norvège) la religion luthérienne devient celle des Etats eux-mêmes : une religion qui est maintenant bien définie. En 1530, Melanchthon publie la Confession d'Augsbourg. Toute la foi luthérienne est résumée en 28 articles. Un " credo " qui n'a plus qu'à se répandre dans le monde .
| Jean Calvin |
Mais, à ce moment-là, un autre réformateur, né en France, Jean Calvin, va se faire connaître. Il publie en Suisse un livre très important pour les protestants, qui s'appelle Institution de la religion chrétienne. Il avait commencé ce livre pour expliquer à son roi, François 1er, la position des réformateurs. Mais c'est en Suisse que Calvin pourra véritablement "établir" la réforme. La pensée de Calvin n'est pas différente de celle de Luther : comme lui, il considère que l'homme se justifie par la foi et par la foi seulement, avec bien entendu l'aide des textes saints. Mais il affirme en plus que Dieu a déterminé d'avance le destin de chaque homme. C'est ce qu'on appelle la doctrine de la "prédestination", une doctrine selon laquelle "tout est joué" au départ. L'homme est d'avance perdu ou sauvé.
La pensée de Calvin est très dure. Calvin va pourtant l'imposer à Genève, ville qu'il gouverne, et qui devient une sorte de "Rome" du protestantisme.
| L'Expansion vers l'Ouest |
De Genève, le "calvinisme" gagne toute la Suisse, puis la France. De France, cette confession passera aux Pays-Bas en en Écosse pour y devenir la confession majoritaire.
Actuellement, les disciples de Calvin, qui ne s'appellent pas seulement calvinistes, mais aussi presbytériens ou réformés, représentent plus de 60 millions de croyants répartis dans le monde. Les disciples de Luther sont plus nombreux : 80 millions environ.
Mais Luther et Calvin ont rempli un autre rôle dans notre civilisation : ils ont "fixé" les langues allemande et française. Grâce à eux, la Bible a été traduite en ces langues. A 28 ans, Calvin avait fait, en français, "l'exégèse" (c'est-à-dire l'analyse critique) de tous les versets de la Bible.
Ces grands réformateurs utilisent le progrès technique, c'est-à-dire l'imprimerie récemment découverte, pour diffuser la Bible, écrite en français, parmi les fidèles. Non seulement la langue française est, de cette manière, "fixée", mais sa lecture en est aussi vulgarisée.
C'est un peu comme maintenant avec les disques et les films : l'impression et la diffusion de la Bible en français marque le début de ce qu'on appelle aujourd'hui "l'audio-visuel".
| Réactions |
Très vite, les progrès du protestantisme sont tels que le pape est obligé de prendre des mesures pour réformer sa propre Église. Cela s'appelle la contre-réforme.
De 1544 à 1563, pendant près de 20 ans, un concile se réunit à Trente dans le nord de l'ltalie. Il réaffirme l'autorité du pape et l'ensemble de la doctrine catholique. Il dicte aussi un certain nombre de règles de vie pour l'ensemble du clergé.
Résultat de ce concile : I'Eglise catholique et les ordres religieux vont se ressaisir et essayer d'arrêter la progression du protestantisme. Les jésuites, en particulier, comme des soldats de la papauté, vont partir en guerre moralement à travers l'Europe, et bientôt à travers le monde, grâce aux missions qui s'embarquent vers l'Asie ou l'Amérique.
| Les Guerres de Religion |
Mais la France connait bientôt d'horribles luttes intérieures, dont le prétexte fut la religion.
A la fin du règle de François 1er, après bien des hésitations, la cour prend parti contre la Réforme. Et, sous le règne d'Henri II, les persécutions commencent.
En 1551, l'édit de Châteaubriant interdit aux protestants de se réunir en assemblées, et des "chambres ardentes" sont constituées dans chaque parlement pour les combattre. Mais très vite des querelles politiques éclatent entre la royauté et les clans aristocratiques de deux grandes familles : les Guise (catholiques) et les Bourbon (devenus protestants).
Le protestantisme, soutenu par un certain nombre de nobles, est alors présenté comme hostile à la royauté, ce qu'il ne cesse de nier.
Les Guise, tout-puissants à la cour de François 1er, ils avaient placés là une de leurs nièces, Marie de Lorraine entreprennent une politique d'intolérance envers les protestants. Ces derniers se soulèvent et les Guise noient dans le sang leur combat pour la liberté.
Malgré les efforts de Catherine de Médicis qui, à la mort de François 1er voulait établir un régime de tolérance réciproque entre les deux "confessions", une véritable guerre armée se déclenche. Catholiques et protestants s'organisent et les combats font rage.
De 1562 à 1598, huit grands conflits vont successivement avoir lieu. Les villes françaises en seront tour à tour le siège. Les massacres se succèdent. La dernière des guerres de religion (qui dure de 1585 à 1598) est la plus dure et la plus longue. On l'appelle "la guerre des trois Henri" (Henri III, Henri de Navarre, Henri de Guise). On dresse des barricades à Paris contre la royauté et Henri de Guise est nommé lieutenant-général du royaume par Henri III qui le fait bientôt assassiner. Mais Paris se soulève, et Henri III doit s'allier avec Henri de Navarre pour assiéger la capitale. Mais il est assassiné à son tour. Henri IV devient roi de France.
Tout se termine par l'édit de Nantes, en 1598, qui définit la situation des protestants, à nouveau précisée par l'édit d'Alés en 1629.
| Epopée & Révolution |
Mais pendant le règne de Louis XIV les persécutions reprennent, violentes, et vite généralisées. L'édit de Nantes est "révoqué" (ce qui veut dire annulé) et 500 000 protestants sont obligés de quitter la France.
A cette époque se situe "l'épopée des Camisards". Trois armées royales luttent contre les protestants et ne parviennent pas à les anéantir. Les Dragons du Roi persécutent les partisans de la Réforme et les envoient aux galères. Ce n'est qu'avec la révolution de 1789 que les familles protestantes retrouveront tous leurs droits.
Napoléon fait du protestantisme une religion d'Etat. Il fonctionnarise les pasteurs, qui sont nommés et payés par le gouvernement. L'organisation de l'Église réformée est calquée sur le système politique de la France, avec ses préfets et ses sous-préfets. Sous la Restauration, nouvelle période de terreur pour les protestants. Au cours de la IIe République, les prises de position sont à la fois politiques et religieuses : les protestants se rangent du côté des républicains, tandis que les catholiques demeurent traditionnellement royalistes.
Avec la guerre de 1914, c'est l'hécatombe, malheureusement générale, mais ressentie plus fortement par les minorités. Les protestants de France deviennent moins nombreux, et ne peuvent plus avoir aucun rapport avec leurs coreligionnaires (ceux qui pratiquent la même religion) émigrés de l'autre côté du Rhin.
Entre les deux guerres, le protestantisme essaie de se renouveler. Un effort d'unité important est fait, et la Fédération Protestante de France regroupe plusieurs Eglises protestantes.
| Vers l'Unité |
En 1938, le regroupement est plus complet encore, puisqu'il touche une demi-douzaine d'Eglises qui n'en forment plus qu'une seule, appelée "Eglise réformée de France".
Depuis près de deux siècles déjà, le protestantisme français envoie des missionnaires en Afrique, à Madagascar, en Océanie. Partout, il fonde des Églises aujourd'hui autonomes. Très vite les missionnaires, face aux problèmes vitaux qu'ils rencontrent dans les continents les plus démunis, réalisent que les divisions du monde chrétien sont ridicules. Ils cherchent donc à les aplanir et à recréer une "unité" entre tous les disciples de Jésus. Grâce à eux, un mouvement oecuménique important se développe. C'est la naissance du "Mouvement pour l'oecuménisme" qui est "tendance à l union de toutes les Eglises chrétiennes en une seule". Longtemps l'Eglise catholique ignore ce grand effort d'unité. Enfin, en 1948, le Conseil oecuménique des Eglises est créé. Il siège en Suisse.
En 1962, le concile Vatican II va reconnaître officiellement ce mouvement et y prendre part. Un décret "sur l'oecuménisme" sera publié, dont le but est un rapprochement entre chrétiens, à quelque Église qu'ils appartiennent.
Depuis 20 ans, les relations entre catholiques et protestants français deviennent chaque jour davantage celles de frères et soeurs qui s'aiment parce qu'ils ont découvert que les fondements de leur foi étaient les mêmes.
Il y a aujourd'hui 320 millions de protestants dans le monde.
EMMANUEL, LE PETIT PROTESTANT |
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| 1- | SON HISTOIRE | |
| 2- | COMMENT IL VOIT DIEU | |
| 3- | SON LIVRE | |
| 4- | SA JOURNÉE | |
| 5- | SA SEMAINE | |
| 6- | SON CALENDRIER ET SES FÊTES | |
| 7- | LES GRANDS ÉVÉNEMENTS DE SA VIE | |
| 8- | SA MAISON COMMUNE | |
| 9- | SES GUIDES | |
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